L'Histoire et ses petites histoires nous apprennent que les conquis sociaux sont souvent le fruit de l'engagement des femmes. On avait envie de faire un zoom sur 4 de ces histoires pour rendre à ces femmes ce qui leur appartient : courage, détermination et conquêtes.

Petite précision avant de démarrer, nous parlons de "conquis" sociaux car les avancées sociales en matière de droits sont rarement le fruit d'un octroi généreux des personnes ou structures en situation de domination. On le déplore mais en lucidité, on note qu'elles sont le fruit de rapports de force victorieux, parfois ayant recours à des actes illégaux (qu'on peut aussi appeler désobéissance civile) voire violents. C'est le cas du droit de vote et à l'IVG, de la réduction du temps de travail, des congés payés... Par ailleurs, plus que jamais dans la période, parler d'"acquis" sociaux semble présomptueux. Droits, liberté d'expression, démocratie, paix... Pour la petite part de l'humanité qui y avait (en partie) accès ces dernières décennies, les "acquis" semblent vaciller. Y compris aux pays de la Liberté et des Lumières.
2019 · Les femmes de chambre de l'Hôtel Ibis Batignolles : quand les invisibles décident d'exister !

Durant près de deux ans, entre le 17 juillet 2019 et le 21 mai 2021, des femmes de chambre et un équipier de l'hôtel Ibis Batignolles ont mené une grève victorieuse. Dans cet hôtel 3 étoiles de près de 700 chambres appartenant au groupe Accor, les femmes de chambre sont employées par la société de sous-traitance STN. Elles disposent majoritairement de contrats à temps partiel payés au Smic, ce qui fait qu'elles ne gagnent rarement plus de 1 000 € par mois. Contrats à temps partiel assortis de nombreuses heures supplémentaires non payées, de cadences intenables (21 chambres à nettoyer par jour et parfois jusqu'à 40), d'absence de solution de restauration du fait de leur non appartenance au groupe Accor, de mutations dans d'autres hôtels (et dans d'autres villes) pour celles qui ne tiennent pas les cadences et/ou sont les plus revendicatives, de pression des employeurs (parfois d'agression sexuelle) et d'agressions verbales de certains clients... Entre autres.
"Nous sommes des femmes dignes qui voulons seulement qu'on nous respecte"
16 revendications qui en cachent une...
Face à ces conditions et accompagnées par la CGT-HPE qui leur a ouvert les yeux sur leurs droits, les 37 grévistes (comprenant un seul homme) portent 16 revendications claires. Parmi lesquelles : réduction de la cadence de 3,5 chambres par heure (c'est-à-dire une chambre en 17 minutes) à 3 chambres par heure, versement d'une indemnité nourriture de 7,24 euros par jour, obtention d'une tenue correcte et adéquate payée par le sous-traitant, installation d'une pointeuse électronique pour connaître le décompte précis de leurs heures, intégration au groupe Accor...
Refus de l'employeur. Le bras de fer commence.
Pour ces femmes, majoritairement originaires de pays d'Afrique, ces revendications sont aussi et surtout un combat pour la reconnaissance de leur travail, de leur existence presque : "Nous sommes des femmes dignes qui voulons seulement qu'on nous respecte" déclare Sylvie Kimissa Esper, femme congolaise secrétaire de formation, détentrice d'une carte de séjour depuis le début des années 2010, travaillant à l'Hôtel depuis 2013, l'une des porte-parole du mouvement.
La grève, un travail de tous les jours
De la dignité, il n'y en a pas eu des deux côtés. Car au bout de quelques mois, les 37 grévistes ne sont plus que 20. La raison ? Les maris et conjoints des grévistes ont été contactés pour dissuader leurs femmes de poursuivre le mouvement, les qualifiant d'irresponsables qui mettent leur famille en situation de précarité et les menaçant de tout perdre. Pour les 20 d'entre elles qui n'ont pas cédé (et n'ont pas jeté la pierre à celles qui ont repris le travail), la grève est une affaire de discipline et de détermination : "Du lundi au vendredi, de 9 heures à 16 heures, nous étions devant l'hôtel dans une ambiance la plus festive possible", explique Sylvie. Qu'il vente ou qu'il pleuve. Avec des slogans et des chansons dont "Frottez, frottez", lancée à la criée par l'une des grévistes se voyait répondre "Il faut payer" par les autres, est devenu le titre d'une série, adaptée de ce mouvement, disponible sur France.tv.
La solidarité et la détermination payent
Après des mois de grèves, interrompus par des mois au chômage partiel (Covid oblige), des happenings dans d'autres hôtels du groupe Accor et le soutien de collectifs féministes, d'associations comme Attac, de cheminots, de gilets jaunes, de scientifiques du CNRS, de député·es, d'ami·es, d'une partie de la clientèle (dont certains laissaient des commentaires sur les sites de recommandations) et du syndicat CGT-HPE qui n'a jamais cessé de les soutenir moralement, juridiquement et financièrement en payant une partie des salaires grâce à une caisse de grève, les négociations ont repris. Bien aidées par la reprise de l'activité post-covid qui a encouragé le groupe Accor à se montrer sous son visage le plus affable... Fallait pas faire fuir la clientèle !
Victoire significative
Parmi les avancées obtenues : une augmentation de salaire (entre 100 et 250 euros), une indemnité de repas à 7,30 euros, l'égalité de traitement entre les salarié·es en sous-traitance et les salarié·es du groupe Accor, le passage de tous les contrats de 4 heures à 5 heures, la diminution du nombre de chambres à nettoyer de 3,5 à 3 par heure, l'obtention d'une pause de 30 minutes et l'annulation de dix mutations. Et sept grévistes obtiennent un contrat à temps complet.
L'autre belle victoire, c'est la victoire symbolique. Les invisibles maltraitées et ignorées par les gens qui placent leurs affaires au-dessus de la dignité humaine au nom des profits ont pris leur destin en main et prouvé que ce qui semble impossible peut le devenir. Elles sont devenues des exemples. Faisant l'objet de nombreux reportages et désormais d'une série. L'une d'elle, après avoir quitté la Côte d'Ivoire à la suite du coup d'État de 1999, a même obtenu la nationalité française et pu devenir députée. Le plus important peut-être, à travers ces femmes (et cet homme), ce sont des millions de personnes qui, l'espace d'un instant, se sont senties écoutées, respectées et ont vu que d'autres histoires étaient possibles.
Pour aller plus loin : le podcast "Affaires sensibles" et la série "Frotter, frotter !"
1975 · En Islande, le "jour de congé des femmes" met le pays à l'arrêt

"En rentrant d'un meeting, ça sentait l'odeur de viande brûlée partout dans les rues. Pourquoi ? Parce que les hommes essayaient de faire la cuisine", se souvient, amusée, Sigridur Duna Kristmundsdottir, co-fondatrice de La liste des Femmes, anthropologue et ancienne députée. Cette Islandaise faisait bien évidemment partie des 90% de femmes qui, le 24 octobre 1975 en Islande, se sont mises en grève pour réclamer des avancées majeures en matière d'égalité entre les femmes et les hommes. Parmi elles, quelque 30 000 femmes convergent vers le centre de Reykjavik pour écouter des oratrices, assister à des concerts, lire des tracts féministes venus des quatre coins d'Europe (acheminés par les hôtesses de l'air en grève) et échanger leurs histoires... Pas mal dans un pays qui comptait 220 000 habitant·es.
Le "jour de congé des femmes" met le pays à l'arrêt
À cette époque, les islandaises, quand elles ne sont pas assignées à des tâches domestiques et l'éducation des enfants non rémunérées, gagnent en moyenne 40% de moins que les hommes. Initiée par le groupe féministe radical Redstockings ("Les bas rouges" en français), la grève des femmes, appelée "jour de congé des femmes" pour ne pas effrayer ces messieurs (et potentiellement d'autres femmes), met littéralement le pays à l'arrêt. Institutrices, femmes aux foyers, hôtesses de l'air... Résultat ? Les crèches ont fermé et les écoles, banques, magasins, télécommunications, théâtres, trafic aérien... ont fonctionné au ralenti. La veille, les supermarchés avaient été dévalisés en sucreries, crayons de couleur et saucisses (repas populaire facile à cuisiner) pour que les messieurs puissent occuper et nourrir leurs enfants (souvent gardés sur leur lieu de travail) sans l'aide de leurs femmes. À deux doigts de l'économie de guerre...
Des avancées considérables...
Parfois, il suffit d'arrêter de faire ce que l'on fait pour en révéler son indispensable dimension... Ce qui fut le cas ce jour-là. La grève a mené à des avancées majeures assez rapidement. Dès 1976, une loi était votée au Parlement pour garantir l'égalité des droits entre les femmes et les hommes. Quatre ans plus tard, en 1980, le pays élisait la première femme présidente au monde, Vigdís Finnbogadóttir, au suffrage universel. Divorcée et mère d'une enfant, qui plus est ! Dans le sillage d'autres pays, les islandaises obtenaient également le droit à l'IVG et l'Islande devenait l'un des pays où les droits des femmes sont les plus importants. Ce qui est toujours le cas.
"Nous attendons des maris, des pères, des frères
et des oncles qu'ils assument les responsabilités
liées à la famille et au foyer"
... mais pas suffisantes !
En effet, 48 ans plus tard, malgré de réelles avancées, des inégalités persistent. C’est pourquoi le 24 octobre 2023, une nouvelle journée est organisée. Plus de 100 000 femmes se mettent en grève, dont la Première ministre qui ne remplira pas ses obligations officielles ce jour-là, soit un quart de la population du pays. Avec un slogan « Vous appelez cela l'égalité ? » et de nombreuses revendications, pas seulement salariales (les femmes gagnent toujours en moyenne 10% de moins que les hommes) : « Nous attendons des maris, des pères, des frères et des oncles qu'ils assument les responsabilités liées à la famille et au foyer. Par exemple : préparer le petit-déjeuner et le tupperware pour le déjeuner, se souvenir des anniversaires des proches, acheter un cadeau pour la belle-mère, prendre rendez-vous chez le dentiste pour l'enfant, etc.», précise le site des grévistes. Vous avez dit "charge mentale" ? La question des violences est aussi prépondérante : « 40 % des femmes ont subi ou vont subir des violences et/ou des discriminations liées à leur genre dans leur vie. Cette grève est aussi contre les violences contre les femmes et les personnes non binaires. » Et parmi la vingtaine de revendications, les islandaises demandent des lois et des moyens pour leur application. Avec une ultime revendication : Maintenant !
La détermination et le nombre ont fait la différence
Cinquante ans après la première "grève des femmes", quelques protagonistes interrogées expliquent que les avancées réelles obtenues (malgré le chemin qu'il reste à parcourir) sont le fruit d'une mobilisation massive des femmes. Sans cela, l'économie aurait continué de fonctionner et les grévistes auraient probablement eu à subir des représailles de la part de leurs employeurs et maris. Comme quoi, la force du collectif, quand la cause est juste et les actions percutantes, fait la différence. Même si ces batailles s'inscrivent dans le temps long...
Pour aller plus loin : L'égalité de genre en Islande
1917 · La grève des "Midinettes" à l'origine
de nos "week-end" ?

En 1917, alors que la première guerre mondiale s'enlise et que le moral est au plus bas, un emploi sur trois est tenu par une femme en France. Dans les campagnes, bien sûr, où elles travaillent la terre et gèrent les élevages, mais aussi dans les usines et dans les villes : dans les ateliers textile, dans les tramways, aux PTT... et dans les usines d'armement où on les surnomment "les munitionnettes". Elles y façonnent munitions et autres matériels militaires dont des casques, dans lesquels elles glissent de gentils mots à l'attention des soldats, contribuant à leur (re)donner le moral. Un engagement qui leur vaut d'être rémunérées 20% à 30% de moins que les hommes alors qu'elles travaillent 10h par jour, 6 jours sur 7...
La semaine anglaise
En mai, les 250 couturières de la maison Jenny, installée sur les Champs-Élysées, apprennent qu'elles vont désormais être mises au chômage technique le samedi après-midi, à cause de la guerre qui torpille les carnets de commandes. Comme en Angleterre. Sauf que les ouvrières anglaises perçoivent toujours la paie de cette demi-journée. Par ailleurs, leurs conditions de travail sont peu satisfaisantes : 10h par jour pour 4 à 5 francs (1 franc pour les apprenties, soit de quoi s'acheter deux boîtes d'oeufs) et des cadences infernales qui les contraignent à des pauses méridiennes rachitiques au cours desquelles elles déjeunent sur le pouce... d'où leur surnom de "midinettes", contraction de "midi" et de "dînette".
Le mouvement se généralise
Les "midinettes" de la maison Jenny rassemblent dès le lendemain 10 000 ouvrières à la Bourse du travail. Leurs consoeurs couturières les ont rejointes mais aussi des employées de banque, des vendeuses de Félix Potin, des dactylos, des métallurgistes... la grève des femmes s'étend dans plusieurs villes de France et touche une soixantaine de secteurs d'activité, dont l'armement. Fin mai, la contagion gagne l'entreprise Renault qui produit obus et camions. Les « munitionnettes » entrent dans la danse, c'est la bascule.
Nous leur devons nos week-ends
Les patrons refusent les concessions. Décidément, toujours là où on les attend... Face aux besoins de production et à l'enlisement des négociations, le gouvernement leur force alors la main, les menaçant de réquisitionner leurs entreprises. Acculés, les patrons négocient. Après 14 jours de grève, les revendications sont en partie satisfaites. Les grévistes obtiennent une augmentation journalière de 75 centimes (au lieu du franc réclamé) et la semaine anglaise leur est accordée par la loi du 11 juin… Prélude à celle de 1919, une fois la guerre gagnée, qui instaure pour TOU·TE·S les travailleur·euse·s, la journée de 8 heures et le repos payé d'un jour et demi par semaine, qui annonce nos si chers week-ends. Pas mal pour des "midinettes"...
Pour en savoir plus, écoutez le podcast France Bleu
1918 · Les suffragettes obtiennent le droit de vote pour les femmes en Angleterre

En Grande-Bretagne, il aura fallu près d'un siècle de militantisme protéiforme pour que les femmes obtiennent le droit de vote dans les mêmes conditions que les hommes. Et il est fort probable que ce soit la désobéissance civile qui ait permis la bascule dans les dernières années. Petit retour en arrière.
En 1832, une première pétition féministe demandant le droit de vote des femmes est lancée. Elle est présentée au Parlement en 1851... Fallait pas être pressées. Retoquée.
En 1866, alors que le Parlement s'apprête à étendre le droit de vote (des hommes) à la classe ouvrière, les féministes lancent une nouvelle pétition pour y adosser le droit de vote des femmes. Ce sont les femmes de la bonne société qui sont à l'initiative, comme le démontre leur principal argument reposant sur le fait que, plus riches et plus instruites [NDLR : que les hommes de la classe ouvrière], pourquoi n'auraient-elles pas, elles aussi, le droit de voter. Charmant. Demande (une nouvelle fois) retoquée.
On en profite pour expliquer que, dans cette Angleterre (pourtant "victorienne" du XIXe siècle), les femmes sont considérées comme des sous-citoyennes. Elles n'ont pas plus de droits que les enfants ou les criminels : pas d'accès à la propriété ni à l’enseignement supérieur donc pas aux professions les plus rémunératrices. Leur rôle se résume à procréer et s'occuper du foyer. Et lorsqu'elles travaillent, à métier équivalent, leur salaire est trois fois inférieur à celui d'un homme. Pis, les femmes mariées n'ont aucun statut légal en tant qu'individu et doivent attendre une loi de 1884 pour que le droit de posséder leur propre corps soit reconnu. Oups, erreur du patriarcat ! Ces femmes (décidément bien exigeantes !) vont en vouloir plus.
Les suffragistes s'organisent et décident d'accentuer la pression dans les classes aisées, toujours dans le respect de la loi. Elles sont "légalistes". En 1897, Millicent Fawcett fonde la National Union of Women's Suffrage Societies afin d'obtenir le droit de vote pour les femmes par des moyens pacifiques, arguant que si les femmes devaient obéir aux lois, elles devraient avoir le droit de participer à leur élaboration. Ça ne semble pas délirant.
Problème : quand on demande gentiment aux structures en situation de domination - a fortiori le patriarcat - ces dernières répondent au mieux "Oui bien sûr, mais pas maintenant car on a polo" ou carrément "Retourne dans ta cuisine et t'occuper des gosses sinon tu vas en prendre une". Bref, le mouvement autour de la création de la National Union of Women's Suffrage Society (NUWSS) qui rassemble toutes les suffragistes n'aboutit à rien auprès du Parlement. Et crée des frustrées. C'est la naissance des suffragettes.
En 1903, Emmeline Pankhurst fonde la Women's Social and Political Union (WSPU) avec ses trois filles ainsi qu'un groupe de femmes britanniques. Elles sont rapidement nommées suffragettes par la presse (masculine !). Le suffixe "-ette" vise à ridiculiser ces femmes et leur mouvement. Elles sont pourtant déterminées à mener une bataille plus transgressive que les suffragistes (avec qui elles partagent l'idéal) pour obtenir l'égalité entre les hommes et les femmes.
En 1905, des femmes sont arrêtées pour avoir crié des slogans en faveur du vote féminin lors d'une réunion politique du Parti libéral. Elles choisissent l'incarcération plutôt que de payer l'amende. C'est le début d'une suite d'arrestations suscitant une sympathie grandissante du public pour les suffragettes.
En 1908, elles rassemblent près de 200 000 personnes dans une grande manifestation à Hyde Park. Malgré cette démonstration de force, la Parti libéral au gouvernement oppose une fin de non recevoir. Les suffragettes décident alors de durcir le ton.
Elles se mettent à incendier des institutions symboles de la suprématie masculine qu'elles contestent, comme une église ou un terrain de golf réservé aux hommes. Elles brisent des vitres et s'enchaînent à des grilles, comme la grille de la galerie des Dames du Parlement, afin d'obscurcir la salle des travaux parlementaires. Elles sont alors arrêtées et transforment les tribunaux en tribunes pour donner de l'écho à leur combat auprès de l'opinion publique. De plus en plus sensible à leur cause.

À partir de 1909, emprisonnées, les suffragettes se lancent dans des grèves de la faim. Dans ce qui s'apparente à des pratiques tortionnaires, la police répond en les alimentant de force à l'aide de tuyaux enfoncés dans la gorge puis dans le nez quand les muqueuses de la gorges se rétractaient sous "l'effort" prolongé. Oui, les femmes ont littéralement été traitées comme des oies (promis, on parlera de notre traitement "moderne" des animaux dans un autre article). Certaines en sont mortes. Des pratiques qui horrifient l'opinion publique. Un collectif de médecins va même jusqu'à protester auprès du Premier ministre. Le gouvernement promulgue alors une loi qui libère les grévistes de la faim trop affaiblies le temps qu'elles se remettent, avant de les réincarcérer.
Au printemps 1910, suffragettes et suffragistes s’entendent avec les députés sur un projet de loi pour accorder le droit de vote à 1 million de femmes. Mais nouvel échec. Les suffragettes haussent de nouveau le ton et ne veulent plus simplement militer et résister à l'ordre établi mais carrément intimider (à supposer que les incendies des années précédentes ne soient pas intimidants). Des ministres sont agressés, leurs voitures caillassées, une opération massive de bris de vitres dans la capitale britannique est organisée en 1912... Puis (re)viennent les incendies, assortis d'attentats à la bombe.
Le 4 juin 1913, la suffragette Emily Davison tente d'accrocher une écharpe, en signe de protestation, autour du cou du cheval du roi George V, lors d'une course hippique. Fauchée par l'animal lancé à pleine vitesse sur le champ de course, elle tombe dans le coma après le choc extrêmement violent et décède quatre jours plus tard à l'hôpital. Entre 250 000 et 300 000 assistent à ses obsèques organisées par les suffragettes. Cet événement est probablement celui qui fait basculer définitivement l'opinion publique.

Vient la guerre. Durant laquelle les femmes prennent largement leur part en arrière-ligne. La part des hommes qui n'a toujours pas le droit de vote (environ 40%) est mobilisée. La question du droit de vote de ceux qui sont allés défendre le pays est mise sur la table lors de la conscription de 1916 : bons pour défendre le pays mais pas pour décider des ses lois ? À la fin de la guerre, les suffragettes menacent de reprendre leurs actions si le droit de vote ne leur est pas accordé.
Le 6 février 1918, le Parlement du Royaume-Uni vote une loi (the Representation of the People Act 1918) accordant le droit de vote aux femmes de plus de 30 ans propriétaires terriennes ou locataires - ou dont le conjoint l'est - ayant un loyer annuel supérieur à 5 £, ainsi que les diplômées d'universités britanniques. Oui, ça ressemble à du suffrage censitaire féminin. Tous les hommes âgés de plus de 21 ans acquièrent en revanche ce droit.
C'est n'est qu'en 1928, presque 100 ans après la première pétition, que les conditions de vote pour les femmes sont alignées sur celles des hommes : toutes les femmes âgées d'au moins 21 ans ont le droit de vote. "Détermination" qu'on disait dans le chapeau de cet article...
Allez, on achève cette histoire avec une partie du discours du 2 décembre 1910 d'Emmeline Pankhurst, "première" suffragette.
"Pendant 50 ans, nous n'avons eu de cesse de lutter pacifiquement pour obtenir le droit de vote pour les femmes. Nous avons été ridiculisées, battues et humiliées. [...] Nous ne voulons pas être des briseuses de lois, nous voulons être des faiseuses de lois. Soyez militantes chacune à votre manière. Celles qui peuvent briser les vitres, brisez-les. Celles qui peuvent s'attaquer à l'idole sacrée de la propriété, faites-le. Nous n'avons plus d'autres choix que de défier ce gouvernement. Si nous devons aller en prison pour obtenir le droit de vote, que des fenêtres du gouvernement soient brisées et non le corps des femmes. J'incite cette assemblée et toutes les femmes de la Grande-Bretagne à la rébellion. Je préfère être rebelle qu'esclave."
Pour la petite histoire (qui fait la "grande" ?) : Emmeline Pankhurst fut désignée en 1999 par le magazine Time l'une des cent personnalités les plus influentes du 20e siècle. Elle aura changé "les structures de notre société sans possibilité de retour en arrière".
Pour aller plus loin : voir le film "Les suffragettes" et écouter le podcast de France Culture
Ainsi s'achève (presque) cet article dédié à quelques combats de femmes. On aurait aussi aimé vous parler des femmes qui ont marché sur Versailles en 1789, de celles de la Commune, du MLF et des russes qui ont initié la Révolution de 1917... Tout comme nous ouvrir à d'autres continents, d'autres peuples... mais le temps nous manque cette année. Heureusement (ou plutôt malheureusement), il y aura d'autres 8 mars. Et on n'attendra d'ailleurs pas cette date, qui est celle de " La journée internationale des droits des femmes" et non "la journée des femmes" qu'on célèbrerait en leur offrant un bouquet de roses en guise de remerciements pour (innombrables) "services" rendus...
En revanche, on conclut en présentant 8 femmes contemporaines qui s'inscrivent dans la lutte continue pour un monde plus juste, plus sain, plus (en)viable... que Les Pandas Roux ont eu le plaisir de croiser. Exercice terrible (mais c'est nous qu'on se l'impose, c'est vrai !) car on en a rencontré bien plus que huit, des femmes extraordinaires...
Hélène, fondatrice du collectif edeni (qui a récemment fusionné avec MySezame)
Depuis que nous l'avons rencontrée en 2018, son parcours, ses discours et ses actions ne cessent de nous inspirer. On n'aime plus trop ce (pourtant si beau) mot du fait qu'il a été pas mal galvaudé et utilisé à tort et à travers mais Hélène est réellement inspirante. D'abord parce qu'elle nous pousse à réfléchir dans une approche globale et radicale (elle prend les sujets à la racine et les interconnectent entre eux), et qu'elle nous donne envie d'agir, sans fausses bonnes idées, sans moralisation et sans compromissions. Elle inspire par son exemple surtout. Pour être alignée, Hélène a toujours refusé les choix faciles qui lui auraient apporté pouvoir, statut social, visibilité et argent... Elle a préféré s'en tenir à transmettre et rayonner, avec courage et détermination, malgré les difficultés que cela induit, pour tenter de faire advenir ce monde écologique, sain, éthique, juste (et pas triste !) qu'elle appelle de ses vœux.
Découvrez notre première rencontre fin 2018 et notre dernier entretien avec elle en 2023 lors de son passage pour une conférence à La Rochelle :
Florine, directrice de KPA La Rochelle
Quoi ? On va pas encore utiliser "inspirante" pour définir Florine ? D'autant que toutes les femmes présentes ici le sont. Et pourtant ! En 2019, Florine lance une antenne de l'association nationale KPA Cité à La Rochelle. Le concept ? Accueillir, le temps des vacances estivales, une douzaine de jeunes de 16 à 25 ans sans formation qui veulent lancer un projet. Le succès est tel que 6 ans plus tard, KPA La Rochelle emploie six personnes et accompagne des dizaines de jeunes toute l'année via 5 programmes qui ont en commun l'entrepreneuriat coopératif et la transition écologique et sociale. Et l'énergie folle de l'équipe mise au service de jeunes qui (re)découvrent le goût du collectif, confiance et estime de soi. Ce qui nous touche particulièrement chez Florine (et le reste de l'équipe), c'est l'énergie intarissable, bien sûr, mais le regard porté à des personnes que la société regardent finalement peu. Un regard bienveillant qui leur montre que tout est possible. Les résultats, visibles dans le début de reportage ci-dessous (la fin arrive soon, soon, promis), ce sont les jeunes qui en parlent le mieux (on ne les a ni menacé·es ni soudoyé·es pour obtenir leurs réponses). On a coutume de dire, quand on parle de Florine et de KPA (ce qui arrive assez souvent) que s'il nous reste une chance de faire société, ce sera grâce à des gens comme elles et eux. Qui préparent l'avenir en rendant joyeux le présent. Mais leur travail n'est ni simple ni acquis. Alors dès qu'on peut, il faut les soutenir, collectivement !
Découvrez notre première ITW de Florine en 2021 : et le témoignage de quelques jeunes qui ont suivi le parcours Osmose en 2024 :
Léopoldine, fondatrice de Vélopoldine
Après le confinement, Léopoldine, étudiante, s'est mise au vélo. À pédaler bien sûr. Mais à comprendre son fonctionnement, à le réparer aussi. Un véritable coup de foudre pour la Petite Reine. Depuis, elle ne cesse de mener des projets personnels et professionnels en lien avec elle. Tour de France des tiers-lieux en 80 jours, réalisation d'une BD et de conférences autour de ce projet, réparatrice dans un atelier, lancement d'une campagne de financement participatif pour fabriquer un atelier-remorque pour réparer des biclous de façon itinérante sur le territoire rochelais, construction de la remorque après le succès de sa campagne, périples à vélos incroyables comme la course Poco Loco (un Metz-Amsterdam de 800 kilomètres en 8 jours)... et la dernière fois qu'on l'a croisée par hasard lors un événement dédié à la Deep Tech (ni elle ni nous n'étions censés nous trouver là), elle nous annonce avoir saisi l'opportunité qui s'offrait à elle de louer un local dans le centre de La Rochelle pour y installer un atelier d'aide à la réparation de vélos (sans pour autant laisser tomber sa remorque). Et une reprise d'étude pour se former à l'entrepreneuriat à l'Université de La Rochelle. Oui, Léopoldine est une force de la nature qui roule à 100 à l'heure... à la force des guiboles. Et avec un goût des autres qui charme tou·te·s ses interlocuteur·ice·s. On arrive pour une interview "boutique-reprise d'études" Léopoldine (c'est qu'on peine suivre...) ! En attendant...
Découvrez l'interview "Arrivée de l'atelier-remorque" et notre première rencontre :
Élise, co-fondatrice de Créateur de forêt
Créer des forêts et promouvoir la biodiversité, voilà ce qui anime Élise depuis 2022. Aux côtés de Baptiste, l'autre co-fondateur, elle s'attache à convaincre les collectivités de dédier des hectares de terrain (en friche ou en jachère) à la reforestation pour au moins 99 ans. Puis elle essaye de convaincre des entreprises de financer ces projets imaginés avec des expert·es dans leurs domaines (écologues, pépiniéristes, forestiers, etc.). Quand des terrains sont mis à disposition et qu'il y a des sous pour y faire pousser des forêts, Élise organise (avec toute l'équipe) des sessions de plantation collective et intergénérationnelle. Nous avions eu le bonheur de la rencontrer quelques années après la revitalisation de leur parcelle témoin à Plaine d'Argenson, une ancienne coupe rase dans les Deux-Sèvres, et le résultat était plus que probant. On s'était rendu compte que, quand on le lui permet, la vie reprend vite ses droits. Et qu'Élise ne boude pas son plaisir à troquer les tableurs Excel pour chausser les bottes et courir derrière la Rosalie des Alpes. Voyez vous-même...
Découvrez l'article "Créateur de forêts, un métier ?"
Coralie, fondatrice d'Aux Arbres Citoyens !
Avec Coralie, c'est encore une histoire d'arbres. En 2020, au sortir du confinement, elle lance Aux Arbres Citoyens !, une association avec une idée simple que seule une fille avec son énergie et son enthousiasme pouvait porter : face au grand nombre de propriétaires d'arbres fruitiers qui n'arrivent pas à tout cueillir en pleine saison (même quand ils et elles ont plein de copain·ies) Coralie s'est dit que créer une association de cueilleurs et cueilleuses pour leur donner un coup de main ne serait pas de refus. Une idée qui a au moins trois vertus : les fruits qui avant pourrissaient sur l'arbre ou au sol ne sont plus gâchés, les bénévoles qui cueillent repartent avec des fruits et le reste de la cueillette (la majorité) est donnée à des associations d'aide alimentaire. Car si Coralie a la transition écologique chevillée au corps, la justice sociale lui tient également très à cœur. Autres bénéfices de l'opération : lors des cueillettes, on fait des rencontres, on découvre des jardins que l'on ne soupçonnait pas et on en apprend plein sur les arbres (et un tas d'autres sujets). Lancée à La Rochelle, l'association a vocation à essaimer partout où des bénévoles voudront bien créer une antenne locale. C'est le cas dans une dizaine de régions (Strasbourg, Marseille, Poitiers, Rochefort, Vannes, Bordeaux, dans l'Eure...) et prochainement dans 31 autres... Un véritable coup de force citoyen rendu possible par la détermination de Coralie et des équipes qui l'accompagnent. Vraiment, Coralie donne la pêche !
Aux Arbres Citoyens : des cueillettes sol(id)aires :
Marie, fondatrice d'Elément-terre Sail
Comment vous décrire Marie ? Sa joie de vivre, son amour des rencontres, ses aventures, ses projets... ? Ben, vous dire qu'elle a eu l'idée de créer son association Elément-terre Sail lors d'un voyage en bateau-stop à destination de la Polynésie la résume assez bien... Cette association d'intérêt général basée à La Rochelle sensibilise et accompagne dans la fabrication de produits - ménagers, d'hygiène, cosmétiques, etc. - du quotidien. Le tout avec quelques produits facilement accessibles, peu onéreux et écologiques. En 2023, Marie se lance dans une folle aventure qui réunit ses deux passions : une expédition de deux à trois ans en Amérique centrale et dans les Caraïbes à la rencontre de communautés autonomes pour dénicher et échanger des bonnes pratiques et savoir-faire en matière de "fait soi-même". Cette aventure est à suivre ici. On se demande (déjà) qu'elle sera la prochaine...
Découvrez notre première rencontre et son départ pour l'expédition :
Marine, créatrice de la Spiruline de La Rochelle
Marine produit depuis 3 ans de la spiruline de manière paysanne et la plus écologique possible dans sa ferme du Payaud (le pays haut) à Saint-Xandre, tout près de La Rochelle. Biologiste de formation, elle est tombée dans la spiruline, super-aliment le plus vieux du monde, lors de séjours dans des fermes. Elle a depuis créé sa propre ferme et ne se lasse pas de cette activité qui mêle science et échanges concrets avec la clientèle qu’elle rencontre au marché de La Rochelle tous les samedis, lors d’événements locaux ou directement à sa ferme. On adore la force tranquille de Marine et son sourire… affiché à tout heure de la journée. Y compris dès potron-minet comme ce doux matin de juin 2024 où elle nous a ouvert les portes de sa serre et de son labo pour assister au processus de fabrication de l'or bleu, de la récolte au façonnage en paillettes. On a même eu droit à une dégustation riche d'enseignements.
Découvrez notre première rencontre et un reportage en immersion à la ferme :
Maëlle, co-fondatrice des Héritiers de la Récup'
Si vous avez lu les sept portraits précédents, celui de Maëlle ne dénote pas trop : c'est une pile électrique qui a toujours le sourire et mille projets sur le métier à tisser. Tout juste sortie des études, Maëlle a co-fondé l'association rochelaise Les Héritiers de la Récup' en 2021. Cette association favorise le partage de savoir-faire entre générations grâce à des ateliers (couture, cuisine, bricolage, jardinage...) où la récupération est au cœur des réalisations. Au début de l'hiver, nous avons eu la chance d'assister à un atelier cuisine anti-gaspi en présence d'étudiant·es et de bénévoles et l'énergie qui se dégage de ces deux heures est revigorante. Les bénévoles ont à cœur de partager leur expérience dans une ambiance enveloppante que les étudiant·es ont semblé déguster avec plaisir. Une recette qui doit beaucoup à l'équipe... et à la cheffe d'orchestre qui sait mettre en musique ces instants qui la nourrissent. On comprend (enfin !) où elle puise toute cette énergie.
Découvrez le reportage "Cuisine anti-gaspi et liens précieux" :
Objectifs de développement durable en lien :
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